Texte complet du livre "La joie d'être grand-père" de René Barbier et Christian Verrier

 

 

Chacun peut le lire en format papier et e-book chez  EdiLivre depuis août 2016 comme indiqué sur la l'âge d'accueil de ce site

l’ouvrage de philosophie de la vie de René Barbier et Christian Verrier "La joie d’être grand-père" est publié chez EditLivre prix de 19 euros, 246 pages, tel 0141621440

https://www.edilivre.com/

 

 


INTRODUCTION



 

Le livre que vous allez lire tente de sortir des sentiers battus. Il ne s'agit pas de délivrer un recueil de recettes ou de trucs pour devenir un « bon grand-père » comme le proposent analogiquement maints ouvrages destinés aux entreprises et à destination des cadres pour asseoir leur autorité et pour correspondre à l'état d'esprit du « manager efficace ».

Je suis parti d'un autre point de vue. Non donner des conseils pratiques plus ou moins codés par un imaginaire social structuré par le néolibéralisme, mais m'interroger et tenter de répondre aux questions posées par le problème de la transmission de valeurs entre un grand-père incarné et une petite fille qui grandira et comprendra la vie pour le meilleur et pour le pire. Il se peut alors qu'elle ait envie de savoir ce que pensait son grand-père qui l'aura si tendrement aimée. Il n'est pas impossible également que les considérations qui vont suivre suscitent quelques retentissements chez des contemporains soucieux d'éducation familiale.

Je rédige ce livre avec la collaboration d'un ami expérimenté en histoire de vie et en autoformation Christian Verrier. Il m'aide par ses questions et ses retentissements à aller plus avant dans ma réflexion.

Transmettre devient la question cruciale aujourd'hui en ces temps de changement accéléré des valeurs, des attitudes et des comportements individuels et sociaux. Qui doit transmettre et que transmettre ? L'école ou la famille ? Au sein de cette dernière, le père, la mère ou les grands-parents ?

Mais surtout que transmettre ? Sur le plan professionnel les jeunes générations vivent une transformation radicale du savoir qui devient trop vite obsolète. Les grands-parents qui appartiennent à deux générations antérieures sont largement dépassés et n'ont plus guère l'occasion de parler de leur expérience de travail. Apparemment nous sommes loin du proverbe africain « quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui flambe ».

Sur le plan des valeurs et du sens de la vie, ils sont également tout aussi handicapés. Leur expérience de vie, encore liée à des us et coutumes pas trop démantelés, est ressentie comme d'un autre âge par leurs petits enfants et même par leurs propres enfants. Ce fait devient évident lorsqu'ils n'ont pas su ou pu en tant que parents donner une éducation affective, sensible, généreuse, réfléchie et ouverte à la solidarité humaine, à leurs propres enfants.

On le comprend bien à travers l'enquête menée par Marie de Hennezel et son fils Edouard sur le thème de la grande dépendance entre générations . La génération 68, à laquelle j'appartiens en partie puisque je suis né en 1939, a largement profité des bienfaits d'une période d'accalmie économique et sociale en France. Elle a eu la chance de vivre dans sa maturité sans le sida mais avec la liberté sexuelle et morale, une relative ouverture professionnelle, une scolarisation plus sûre et plus longue, une possibilité de voyager et de rencontrer d'autres cultures, enfin une retraite garantie même si elle n'est pas toujours confortable pour certaines catégories sociales. Il est normal que les enfants et petits enfants des parents des trente glorieuses et soixante-huitards interpellent leurs ascendants sur l'état de l'économie et de la planète qu'on leur laisse en héritage, en leur demandant, en plus, de subvenir aux besoins de dépendance des grands vieillards dont nombreux sont ceux à avoir mené leur existence dans la foulée d'un individualisme jouissif et inconscient des enjeux du vieillissement.

Certes je ne veux pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Beaucoup de personnes de cette génération 68 ont éduqué les enfants avec un humanisme débarrassé des vieilles idoles, une curiosité saine à l'égard de la spiritualité humaine pour laquelle le corps n'était plus tabou, une perspective d'une autre socialité ouverte à un sens de la vie partagé entre les citoyens du monde. Mais leur ouverture, justement, a permis à leur progéniture d'aller de l'avant, de devenir curieux de la vie des autres, d'être exigeants sur leur propre besoin de liberté et parfois de partir loin de leurs parents. L'assomption de la solitude est le lot des personnes de ma génération et la possibilité de la dépendance physique, un horizon dramatique compte tenu de l'allongement du vieillissement.

Dès lors la personne âgée qui n'a pas fait depuis longtemps un travail intérieur d'approfondissement sur le sens de la vie et de la mort, de la finitude de la puissance d'agir et du rétrécissement des relations sociales et de pouvoir, risque d'être bien dépourvue le moment venu. Aujourd'hui le sens de la sagesse devient une exigence évidente, avec son lot inexorable de lucidité et d'acceptation de la complexité existentielle. Lors d'un ultime entretien avec un journaliste anglais, le psychologue Carl Gustav Jung répondait à la question suivante : quel conseil donneriez-vous à un vieillard sur son avenir ? De continuer à vivre comme s'il avait l'éternité devant lui, assurait le psychologue. Aujourd'hui, nous savons que nous n'avons plus l'éternité devant nous mais plutôt le risque de l'invalidité et de l'extinction progressive des souvenirs qui s'estompent comme un voilier englouti par l'horizon. Mais alors que transmettre à nos petits enfants avant qu'il ne soit trop tard ? Peut-être, en fin de compte, un sens de la vie lucide mais enrichi par les épreuves de réalité et qui débouche sur le sens de l'émerveillement d'être encore en vie et en relation avec tout ce qui vit, au coeur de la création et de la complexité croissante de l'humain à travers le monde, comme je le ressens aussi dans la réflexion du philosophe Bertrand Vergely. Un sens de la vie et de la responsabilité à son égard que je ressens dans la vision du monde de ces grands sages modernes que sont Edgar Morin et Stéphane Hessel lorsqu'ils écrivent : « Il faut savoir mondialiser et démondialiser. Il faut poursuivre la mondialisation qui nous donne une communauté de destin d'êtres humains de toutes origines, menacés par des dangers mortels. Nous devons tous nous sentir solidaires de cette planète dont la vie conditionne la nôtre. Il faut sauver notre Terre-mère . »

Cet ouvrage veut délivrer le sens d'un clair-joyeux de cet ordre à ma petite fille même si elle ne le comprendra vraiment que plus tard.

Ce sens du clair-joyeux passe par ce que j'ai appelé « la foudre dans les yeux ». Cinquante années d'enseignement, de formation permanente, d'animation de groupes, de réflexions sur l'interculturel, sur les relations Orient-Occident en matière de valeurs de l'existence, de confrontation des sciences humaines et sociales à la philosophie et à la spiritualité la plus large, le questionnement radical de l'art et de la poésie dans un prolongement de la problématique éthique en éducation, m'ont donné envie d'écrire ce livre, au-delà même de toute croyance, de tout dogme et livres sacrés. Il est conçu comme une réflexion continue cheminant avec une existence concrète d'un éducateur qui termina sa carrière comme professeur de Sciences de l'éducation à l'université. Un éducateur à contre-courant des modes de pensée dans sa discipline, au carrefour de sagesses millénaires et d'une interpellation moderne par les sciences contemporaines ni « dures », ni « molles », mais toujours humaines, transversales et transdisciplinaires.

Une personne a « la foudre dans les yeux » lorsqu'elle est entrée dans une révolution du silence, et qu'elle a découvert un espace-temps de la conscience qui allie complètement la solitude radicale de la finitude de toute forme vivante, le sens de la plus haute fraternité de reliance avec les autres, l'inéluctable gravité de la lucidité décapante à l'égard de notre réalité sociale et la joie d'être sans objet, pour rien, pour le simple fait d'exister.

Il y a dans ce processus existentiel un moment où la personne vit une sorte de retournement, une métamorphose de sa vision du monde, qui lui découvre un autre univers de valeurs et d'attitudes à l'égard de la vie, un sens au-delà du non-sens, ouvert à la surprise du vivre et à l'acceptation de tout ce qui advient. Pour ce passage surprenant, imprévu, paradoxal, aucun maître aucun gourou, aucun dieu n'est nécessaire, seulement la volonté de voir clair pour la personne qui s'engage dans cette voie.

Pourquoi ne se suicide-t-on pas ? C'est la première question qui vient à l'esprit du philosophe comme le pensait Albert Camus, pour celui qui a commencé à s'interroger sur le sens de l'existence. Le dépassement du suicide et de l'angoisse de mort par le sentiment du mourir d'instant en instant est une longue traversée de la conscience d'être. Mais demeure le questionnement radical et toujours d'actualité de celui qui comme le philosophe Gilles Deleuze, écrasé par sa souffrance, décide de mourir volontairement.

Combien de grands vieillards, aujourd'hui, isolés de tout et de tous, sont au bord de ce questionnement ? Combien de petits enfants et d'adolescents, également, espèrent rencontrer un grand-père et une grand-mère qui sauront les comprendre dans leur élan de vie et leur douloureuse ambivalence ?



Sommaire



Introduction    

Chapitre 1. Pourquoi et comment ce livre ? 

Chapitre 2. Mes grands-parents 

Chapitre 3. Attachement et perte

Chapitre 4. Profondeur et reliance

Chapitre 5. La gravité 

Chapitre 6. L'amour et le mal

Chapitre 7. Le sens de la vie poétique

Chapitre 8. Le jeu 

Chapitre 9. Gronder     

Chapitre 10. La tendresse, le câlin, le corps 

Conclusion 

Postface

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