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Pourquoi avoir eu l'idée de construire un tel site web ?

L'envie m'est venue après une discussion avec une personne de ma famille et un conseil en édition très familier des difficultés éditoriales actuelles dans la presse écrite.

Nous avons écrit, Christian Verrier et moi, un livre d'entretiens qui relate à la fois un itinéraire intellectuel et un univers mental, une vision du monde, animée par des valeurs humaines, que je voulais transmettre à ma petite fille actuellement âgée de moins de quatre ans, mais essentiellement pour plus tard, lorsqu'elle aura l'âge de comprendre, de réfléchir sur sa vie et que, vraisemblablement, je ne serai plus là pour y réfléchir avec elle.

Ce livre - comme me l'a fait remarquer cet ami éditeur - est centré sur Lou, ma petite fille, dans l'optique d'une transmission axiologique. Dès lors en quoi peut-il intéresser un public-cible plus large comme disent les éditeurs ?

C'est une question très pertinente dans la mesure où leur intérêt ne peut écarter, évidemment, la recherche de  profit dans notre société libérale.

Mais une autre critique tout aussi justifiée vient de l'une de mes proches. Pourquoi donner à voir des documents personnels (photos, vidéos etc) qui devraient rester dans le domaine privé ? N'y-a-t-il pas un grand danger à divulguer des images qui peuvent être récupérées par n'importe qui, dans des intentions plus ou moins avouables ?

Je voudrais répondre à ces deux critiques.

Le désir de réaliser ce site prend sa source, tout d'abord, dans mon désir sempiternel de création en acceptant de prendre en compte les outils de notre temps sans exclusive. Depuis une quinzaine d'années je suis entré dans la pratique de l'écriture et de la réalisation graphique électroniques. Non comme un spécialiste mais comme un praticien ordinaire souhaitant un minimum d'autogestion. Je me suis autoformé modestement à cet égard.

J'ai trouvé sur le web d'innombrables sources de satisfaction sur le plan des savoirs pluriels, de l'information multiple et internationale, de l'ouverture sur le monde, malgré les risques d'aliénation que je ne néglige pas.

Depuis des années j'autoédite simplement par cet outil, sans souci de rentabilité,   les livres et textes divers, dont la poésie, que je produis. Cela me donne une liberté exceptionnelle et me laisse la possibilité de changement permanent. Dans l'ordre du web, rien n'est définitivement arrêté. Tout peut, à chaque instant, être remis en question. C'est la raison pour laquelle je pense que Internet à à voir avec la pensée chinoise du taoïsmë.

 

Il est vrai que notre livre, à Christian et à moi, est axé sur l'existence actuelle et future d'une petite fille, dans un but de transmission de valeurs. Il s'agit d'une question des plus essentielles aujourd'hui où tout se dissout dans un émiettement généralisé du sens de la vie lié à la "société du spectacle" dont parlaient Guy Debord et Jean Baudrillard. Je pense vraiment, contrairement à cet imaginaire social de l'insignifiance décrit par le philosophe politique Cornelius Castoriadis, que beaucoup de jeunes gens recherchent un autre type de parole, plus dense, plus approfondie, mais sans être engoncée dans une cape académique. Ils souhaitent pouvoir enfin parler à leurs parents, à leurs professeurs, à leurs aînés, sur ce qui fait sens dans cette société du non-sens généralisé.

La réflexion que je tiens à partir de ma propre vie déjà trop avancée vise bien ma petite fille et son futur, mais également et d'une façon plus large, l'existence de dialogue possible de nombreux grands-parents aptes à écouter leurs petits enfants. Il se peut que certains éditeurs en soient conscients, au delà d'un souci de rentabilité immédiate et peut-être plus trompeur qu'on ne le pense. Je fais l'hypothèse qu'il existe un "appel" de sens demandé par des grands parents à l'écoute de leurs petits-enfants et que cet appel ira en grandissant de part et d'autre. La société de l'insignifiance, du jeu de face, et des colifichets "bling-bling" ne durera pas. D'ores et déjà beaucoup de jeune gens s'engagent, non dans les partis politiques trop usés ou les institutions religieuses trop prudentes mais dans des organismes à but non lucratif, et dans des ONG à vocation caritative qui accordent un autre sens au "vivre ensemble".

Faut-il placer une iconographie personnelle et familiale dans un site comme celui-ci ? On m'en a fait le reproche. N'est-ce pas une façon d'"étaler dangereusement la vie privée d'une famille ? Il y tant de perversité dans notre monde ?

Certes, le risque existe et il ne faut pas se le masquer. Mais la visée d'un tel site est de tenter une inscription existentielle d'une trajectoire intellectuelle et philosophique à dimension axiologique. La question du sens dans la vie n'est pas une question abstraite qui ne se résoudrait que par un savoir livresque. Elle est de l'ordre d'une philosophie de l'expérience. Elle demande une véritable "implication", conformément à la méthode de l'histoire de vie, et de mettre au jour des repérages sonores et photographiques, vidéographiques, iconographiques de toutes sortes.

Entendre une voix dire un poème, voir une photographie ou une séquence vidéo où apparaissent des personnages cités dans un texte impliqué, me semblent donner une incarnation nécessaire à ce qui pourrait rester une sorte d'abstraction littéraire. Il ne s'agit pas d'entrer dans un jeu narcissique mais de faire comprendre que le sens passe très directement par de l'existentialité en acte, de la chair et du sang, de la joie et de la souffrance.

Je n'ai pas la candeur de croire que l'histoire qu'on se raconte sur sa propre vie n'est pas une oeuvre d'imagination incontournable. Comme le rappelle le philosophe Paul Ricoeur notre identité proclamée est une identité narrative. Nous nous affirmons par notre façon de nous DIRE, sans doute parce que nous sommes des êtres parlants, des "parlêtres" comme dit Jacques Lacan, déterminés par notre culture singulière.

Mais l'homme à l'esprit philosophique qui va au bout de l'expérience humaine sait aussi que derrière son identité narrative, toujours illusoire et multiple, il existe un fond inexprimable et inconnu, une conscience "autre" que je nomme conscience noétique comme trait d'union entre l'existence concrète, symbolique et imaginaire, et la Conscience englobante non locale rencontrée, parfois, dans des moments de vie et d'accueil à l'Ouvert, au delà de toute nomination relative.